Des scènes de pillage se sont produites samedi soir dans le centre d'Erevan, où le président arménien Robert Kotcharian a décrété l'"état d'urgence" après des heurts entre manifestants de l'opposition et policiers.
"Je déclare l'état d'urgence dans la ville d'Erevan du 1er au 20 mars", a annoncé le chef de l'Etat dans un communiqué diffusé par son service de presse.
Il s'agit de "mettre fin à la menace à l'ordre" public et de "défendre la loi et les droits de la population", a-t-il expliqué.
Dans le même temps, des magasins, dont les vitrines ont été brisées, ont été vidés de leur contenu et des dizaines de voitures ont été incendiées en marge de la manifestation, a constaté un journaliste de l'AFP.
Les policiers avaient, quant à eux, complètement disparu des artères sur lesquelles les désordres avaient lieu.
Huit d'entre eux ont été blessés par balle, dont certains grièvement, a annoncé la police.
"Le pouvoir est entièrement responsable de ces affrontements. Nous avions dit que pour que la situation se règle pacifiquement, il fallait que Levon Ter-Petrossian (le chef de l'opposition placé samedi en résidence surveillée par les autorités, ndlr) puisse aller parler à ses partisans", a réagi le porte-parole de M. Ter-Petrossian, Arman Moussinian.
"L'état d'urgence, c'est tout ce que voulait le pouvoir", a-t-il encore dit.
"Désormais, le président, c'est le peuple !", s'est exclamé un des manifestants, Arsen Nikaelian, sur une avenue de la capitale arménienne en proie à des scènes de pillage. "On a été forcé d'agir comme ça", a-t-il ajouté.
"Tous ces jours-ci, on a manifesté pacifiquement, sans faire de mal à personne. C'est eux qui nous ont attaqués. Maintenant, on répond", s'est exclamé Arsen Nikaelian.
"Tout ça, c'est la faute de Serge Sarkissian (le président élu le 19 février) et de Robert Kotcharian (le président sortant)", a renchéri Marina Airapetian. "Le peuple n'est pas avec eux. Notre président est Levon" Ter-Petrossian, a-t-elle poursuivi.
Tout a commencé quand des manifestants ont jeté des cocktails molotov et des pierres sur des policiers, bloqués par les barricades de fortune dressées sur la place Chaoumian, non loin du siège du gouvernement.
Les policiers ont reculé en lançant des gaz lacrymogènes. Puis, concentrés sur un côté de la place, ils ont chargé la foule, qui criait "nous combattrons jusqu'à la fin !", réclamant la libération de Levon Ter-Petrossian.
Celui-ci conteste sa défaite à la présidentielle du 19 février face à Serge Sarkissian, le candidat du pouvoir, que l'opposition accuse de fraudes.
"Serge pars !", ont d'ailleurs scandé les manifestants, dont le nombre était évalué par l'AFP à 6.000 à 8.000, certains courant avec sur la tête des casques abandonnés par des policiers.
Les opposants ont ensuite construit de nouvelles barricades avec une dizaine de voitures en feu.
Les dirigeants de l'opposition avaient de leur côté appelé au calme les milliers de manifestants, après l'assignation à résidence de Levon Ter-Petrossian, interpellé au petit matin sur la place de la Liberté, où 1.500 manifestants campaient dans un village de tentes.
Trente-et-une personnes avaient alors été blessées, a fait savoir le ministère de la Santé, et le village de tentes a été démantelé. La police a annoncé la saisie d'armes, notamment de pistolets, alors que l'opposition qualifie de "provocation" les accusations de préparation d'un coup d'Etat.
Les opposants affirment que 16 personnes ont été arrêtées à ce moment-là, dont Hrant Bagratian, une personnalité de l'opposition.